La vie que je choisis, la vie que tu choisis… La vie qu’on leur refuse ! 11/10/2019

La vie que je choisis, la vie que tu choisis…
La vie qu’on leur refuse ! 11/10/2019

1 – « L’espèce fabulatrice »
Nancy Huston -Introduction


Les deux derniers billets de ce blog ont pris un tour philosophique qui a pu dérouter certain·e·s., leur longueur apparaît aussi comme un obstacle… il est sans doute temps que je précise les objectifs de ce site et plus particulièrement du blog, avant peut être de réorganiser le site.

Je me reconnais pleinement dans la belle expression de Nancy Huston, qui est le titre d’un petit livre qui m’a marqué. Pour comprendre le « propre de l’être humain » il ne faut pas moins que Marx, Darwin, Freud, Elias, Arendt comme je l’ai écrit dans mes thèses philosophiques. Dans celles-ci j’ai omis Sartre sans qui la liberté humaine reste incompréhensible. Mais il y a un autre oubli peut-être tout aussi important celui de Nancy Huston, pas tant pour sa controversée mais si importante réflexion sur l’oppression des femmes par des hommes profondément malades ou son oeuvre romanesque extraordinaire qui en dit tant sur notre monde, que pour ce petit livre qui dit notre besoin de nous raconter. Se raconter est le besoin humain le plus important, au moins le plus déterminant, plus encore peut-être que les trois fameuses concupiscences de Saint-Augustin et Pascal, devenues les trois libido de Freud : jouir (sentiendi), pouvoir (dominandi), savoir (sciendi)

Quelle qu’en soit la forme, « se raconter » est la seule manière d’être soi, d’exister dans un rapport à soi (à nos désirs), aux autres, au monde, de rendre vivables et humaines nos instants, nos heures et nos années. L’accord féminin n’est pas une faute d’orthographe mais un choix. L’objectif premier de ce site était de mettre en forme « mon histoire » pour tenter de la comprendre, de la faire comprendre… peut-être. Après avoir buté sur les limites du dicible, à cause du lieu (public) et faute de talents de conteur, dire ce que je pense important, aujourd’hui est devenu l’objectif principal, en alimentant régulièrement ce blog. Et aujourd’hui précisément, je veux vous donner le « résumé » de « ma version, de ma vie », je crois qu’elle est de nature à rendre plus explicite les buts poursuivis par ce blog et m’aider à le réorganiser un peu. Sans oublier, comme je l’ai écrit en exergue du site, que c’est d’abord pour me sentir moins seul, se raconter c’est aussi, surtout(?), pour cela.

Après vous avoir parlé de ma vie, le beau courrier de Catherine vous parlera de sa conception du « métier d’humain ». La citation de Norbert Elias qui suit son courrier viendra confirmer qu’elle a compris l’essentiel.

Enfin, je vous reparle des « minimas sociaux »… pour conclure ce billet sur des vies d’humains.

2- La vie que je choisis


Pour ceux qui n’ont pas encore lu « Toute ma vie j’ai rêvé », je résume à très grands traits ce qui a pu constituer mon « projet », au sens de Sartre : des liens affectifs et imaginaires avec le monde ouvrier, un refus réactionnel et fondateur de la marche au pas, l’expérience du travail en usine, une envie d’apprendre, la coïncidence entre mon adolescence et mai 68, la confusion entre mes élans amoureux et mes élans révolutionnaires, la reproduction des schémas familiaux… en ai-je oublié ? certainement. Malgré ma fréquentation de psy dans la dernière partie de ma vie, je n’ai pas élucidé les mystères de mon enfance et présentement je ne me livre pas à une introspection, je donne quelques éléments pour éclairer ce qui suit.

Je me suis choisi militant, amoureux, père de famille, intellectuel… j’ai eu la chance en travaillant à la sécu, de faire coïncider en grande partie choix professionnels et militants. Malgré cette coïncidence, trop de rôles, trop de « métiers », surtout quand on prétend s’y donner sans retenue, pour bien les faire tous, pour bien faire « mon métier d’humain ». D’abord élucidons cette drôle d’expression, pourquoi parler de « métier » ? Un métier pour moi c’est quelque chose qui s’apprend, c’est un savoir faire, c’est quelque chose qu’il faut bien faire, pour moi c’est un mot noble. Tout ceci s’applique parfaitement à ma conception de la vie proprement humaine, être un humain parmi les autres humains, ça s’apprend, un petit chat n’apprend pas à devenir un chat. Le, la petit·e d’humain a un monde à prolonger, à modifier à inventer, l’animal n’a qu’à se laisser vivre.
Il y a sur ce blog ma réflexion sur ce qui advient après la retraite (voir « La question des vieux »), la société tend à mettre les vieux et les vieilles au rencard, elle leur réserve dans le meilleur des cas le rôle de vacanciers, de consommateurs et de soutien financiers aux plus jeunes, d’autres favorisés se verraient cantonner aux rôles de grands parents, certains par leurs qualifications, leurs réseaux gardent des rôles professionnels ou similaires (« bénévolat » associatif)… pour une masse importante reste le sort de l’inutile, qui avec l’âge avançant ainsi que les handicaps guettent peu à à peu tous les vieux, les vieilles. Le choix est simple il faut continuer à s’inventer comme humain, se projeter dans une société qui, en bien ou en mal, évolue.
Je fais partie de ceux qu’on voudrait bien ranger dans cette catégorie. Catherine dans le texte qui suit indique un chemin, l’écoute des autres qui ne connait pas de terme avec la sortie du monde professionnel. Mais reste à trouver les moyens de se faire plaisir en trouvant sa place dans cette foutue société. Ne pouvant plus « courir » ni conduire, c’est fini pour moi les joies des affichages, des distributions de tracts, de la course d’une réunion à une autre. Il me reste à faire fonctionner ma tête, par mes formations. Je suis un intellectuel, toute ma vie je fus un intellectuel lié à ma classe par ma vie d’employé, mon activité dans des organisations politiques et syndicales, puis mes responsabilités au sein de la Sécurité sociale. Je dois le demeurer pour satisfaire un besoin humain essentiel celui de « savoir »… surtout quand « pouvoir » devient difficile et « jouir » demandant une sublimation renforcée. Comme je l’ai expliqué ailleurs (« La cause des vieux ») nos organisations font peu de place aux vieux et vieilles, encore moins aux intellectuels s’ils n’ont pas acquis avant des « positions » dominantes. Je suis donc un intellectuel et un militant sans emploi, il me reste ce blog pour « parler sans être interrompu » et réfléchir à haute voix. Mes billets et autres textes sont en quelque sorte bouteilles à la mer, même si quelques personnes guettent leurs sorties.

Comme militant, si vous me lisez vous savez que j’ai quelques combats largement au-dessus de ma zone d’influence : l’union de la gauche, la revalorisation de l’organisation partidaire, la place de la philosophie dans la formation des militants.

Par contre deux combats plus centrés sur des objectifs précis et atteignables (SMART comme on disait dans mes cours de management, Simple (Spécifique) Mesurable Atteignable Réaliste Temporisable) vont m’occuper dans les mois à venir. Outre mes bouteilles à la mer, j’essaierai de frapper aux bonnes portes pour en faire des objectifs repris collectivement. Le premier je l’ai commencé, il a fait l’objet de plusieurs de mes écrits et c’est la troisième partie du billet de ce jour, c’est celui pour un Revenu Minimum. L’autre combat dont je voudrais trouver le chemin est celui pour la réouverture d’accueil professionnel ouvert à tous, sans rendez-vous et avec des plages horaires accessibles aux publics concernés à la Sécu et dans tous les services publics.

3 – La vie que tu choisis –
Catherine Richard, mail du 29/08/2019

Bonjour Jean-Jacques

« Faire bien son métier d’ humain »….. est ta réponse personnelle à la question « pourquoi suis-je là ? ». Nous nous la sommes posée tant de fois cette question.

Notre militantisme  syndical et/ou politique nous laisse appréhender les Hommes (sous entendu, les femmes et les hommes) à travers différents prismes de leur personnalité.

Ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est écouter les Hommes se raconter, au quotidien. J’ai pris l’habitude d’écouter la parole de ceux que je côtoie avec intérêt et surtout bienveillance, sans (trop) de jugement, juste être là. Tâche difficile lorsqu’on est un peu « éponge »….. mais au fil du temps, je me suis aperçue que la qualité d’écoute fait du bien à celui qui est écouté mais également à celui qui écoute.

Je lis le livre de la vie de M. Durand ou Dupond, c’est lui qui, pour quelques instants, tourne les pages de sa vie et enrichit la mienne. Ainsi plusieurs minutes sont nécessaires pour parler d’un café noir bien serré, ou de la qualité d’un plat préparé hier au soir… c’est de la dentelle, de l’artisanat… Cela est doux, rassurant de me dire que nous pouvons (encore) nous écouter, nous raconter à travers mille petites choses.

Faire de notre mieux notre métier d’humain c’est cela pour moi,  un dialogue à 2 ou 3… un fragment de nos vies entre respect, curiosité saine de découvrir l’autre. Dire bonjour à la boulangère pour le pain croustillant qu’elle me vend, parler brièvement à la jeune caissière du supermarché, sourire à cette personne que je croise tous les jours dans les escaliers, parler à mes collègues qui m’appelle Mamie…

Mais c’est aussi écouter les prétentieux, les cuistres, les éternels bavards. J’ai plus de mal avec mes voisins qui votent pour Marine, « parce qu’elle trouvera une solution à tous leurs problèmes ». Très grave… je suis preneuse quand même non sans pousser les arguments nécessaires et de dire que la haine n’est pas la solution elle ne le sera jamais !! Et redire que le raisonnement simpliste est éculé, qu’il n’a plus de sens. Non le problème ce n’est pas l’autre, c’est LA solution.

C’est s’ouvrir à tous les autres, pour traverser leur vie un instant, pour continuer la mienne…
Quelques instants d’écoute qui nous ouvrent l’un à l’autre. Tellement humains…

Voilà J.Jacques. 

Guy et moi te remercions pour la tenue de ton blog toujours très intéressant et qui dans tous les cas nous apprend à réfléchir.

Bises fraternelles Catherine et Guy Richard 

Merci à tous les deux, voici la citation de Norbert Elias qui dit que Catherine a tout compris : en parlant de l’espèce humaine il écrit « Leur constitution naturelle les prédispose à apprendre auprès des autres, à vivre avec les autres, à recevoir de l’attention des autres ainsi qu’à donner de l’attention aux autres. » Norbert Elias in « Théorie des symboles » page 239.

4 – La vie qu’on leur refuse
Ce Revenu Minimum… Fantôme

C’est en colère, froide, mais en colère quand même que je reparle d’un revenu minimum pour lequel je suis prêt à abandonner tout sigle, toute qualification pourvu qu’il devienne réalité. La question est simple, est-il normal de définir un seuil de pauvreté en acceptant que des millions de gens soient sous ce seuil ? Autres manières de poser la question : est-il normal que ces gens, dont de nombreux enfants n’aient pas même le choix d’une vie réellement digne ? Est-il normal de ne pas pouvoir satisfaire les besoins humains élémentaires ? Je ne sais pas comment tourner la question pour ne plus m’entendre dire qu’elle est théorique, qu’elle peut être remise à demain…

Pour faire très simple je propose que l’on nomme un projet de loi : Droit à un revenu minimum pour vivre. Que l’article premier soit ainsi rédigé : Toute personne de plus de 18 ans résidant en France a droit à un un revenu minimum égal au seuil de pauvreté (comme défini à l’article 2), ce droit génère le versement d’une allocation égale à la différence entre le montant du revenu des personnes concernées et le montant du seuil de pauvreté.
L’article 2 définit le seuil de pauvreté, les mécanismes d’actualisation et fixe la perspective d’une évolution de 50% à 60% du revenu médian. L’article 3 fixe comme objectif politique : la disparition des revenus inférieurs à ce minimum vital et donc l’extinction à terme de ce mécanisme de « rattrapage ».

Appel à tous ceux qui se sentent concernés, faites moi des propositions, faites connaître la proposition de deux responsables de l’observatoire des inégalités, voire ma proposition ci-dessous. Ouvrez les débats partout où vous êtes. Cette bataille est concrète, il faut la mener.