{"id":190,"date":"2017-10-21T07:57:21","date_gmt":"2017-10-21T05:57:21","guid":{"rendered":"http:\/\/laviecommence.fr\/?p=190"},"modified":"2023-02-25T15:03:22","modified_gmt":"2023-02-25T14:03:22","slug":"mes-annees-68","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/2017\/10\/21\/mes-annees-68\/","title":{"rendered":"2\/ Mes ann\u00e9es 68"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><strong>I. Ma vie, mes chemins<\/strong><\/p>\n<h3>2\/ Mes ann\u00e9es 68<\/h3>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">1967-1975<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Il \u00e9tait une fois un gamin qui grimpait sur le radiateur de la salle de bain pour voir les \u00e9toiles, quand les volets de l\u2019appartement \u00e9taient ferm\u00e9s. Sous ce ciel il y avait aussi un alignement de b\u00e2timents tr\u00e8s moches, on lui dit que c\u2019\u00e9taient des casernes. Plus tard, par la fen\u00eatre de la cuisine il a aussi d\u00e9couvert une usine, juste derri\u00e8re l\u2019immeuble que sa famille habitait. Son papa et son p\u00e9p\u00e9 n\u2019\u00e9taient peut-\u00eatre d\u2019accord que sur une chose : \u00ab Tu verras quand tu seras \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, il te faudra marcher au pas. \u00bb. Et ils se moquaient de moi quand j&rsquo;affirmais\u00a0 \u00a0 \u00ab je ne marcherai pas au pas \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019\u00e9tait un gar\u00e7on t\u00eatu. Sa maman disait de lui \u00ab\u00a0Il a mauvais caract\u00e8re, mais il a bon coeur\u00a0.\u00bb. Ce gar\u00e7on, c\u2019est moi. Je crois que ma maman, avec laquelle je ne serais pas souvent d\u2019accord \u00e0 partir de ces ann\u00e9es-l\u00e0, avait raison sur ces deux points. Peut-\u00eatre me suis-je efforc\u00e9 de lui donner raison.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">C\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, je ne marcherai jamais au pas, je l\u00e8verai toujours les yeux vers les \u00e9toiles et je serai du c\u00f4t\u00e9 des pauvres gens.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">J\u2019ai tenu parole. \u00c0 vingt ans, je n\u2019ai pas pris le chemin de la caserne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">INSOUMIS<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s2\">J\u2019avais pris de bonnes habitudes<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">J\u2019avais pris un amour<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">J\u2019avais pris mes r\u00eaves par la main<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">J\u2019avais pris le temps<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s3\"><span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <\/span>le temps de penser<\/span><span class=\"s4\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\"><span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <\/span>le temps de paresser<\/span><\/p>\n<p><span class=\"s2\">On m\u2019a dit de prendre un train<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">J\u2019en ai pris un autre<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">On ma dit de marcher au pas<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">J\u2019ai couru bien vite<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">On ma dit d\u2019oublier ma vie<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\">Je n\u2019ai plus jamais oubli\u00e9<\/span><\/p>\n<p><span class=\"s2\">Mon refus de marcher au pas<\/span><span class=\"s1\"><br \/>\n<\/span><span class=\"s2\"><span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <\/span>de penser en rond<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">J\u2019ai donc pris le chemin du sud pour rejoindre une fille \u00ab\u00a0dor\u00e9e\u00a0\u00bb (cf. la s\u00e9rie des P\u00e9p\u00e9 Carvalho, le h\u00e9ros de Vasquez de Montalban). Mais comme la mar\u00e9chauss\u00e9e a retrouv\u00e9 ma trace, nous sommes descendus plus au sud, jusqu\u2019\u00e0 Malaga. Puis je suis remont\u00e9 vers l\u2019est, puis la Suisse\u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Mais marchons pas \u00e0 pas, au moins pour ce r\u00e9cit.<\/span><span class=\"s1\">Avant l\u2019\u00e9pisode racont\u00e9 ci-dessus, il y avait eu le beau mois de Mai 1968. <\/span><span class=\"s1\">Dans les pages qui suivent, je vais faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0une page de l\u2019histoire contemporaine\u00a0\u00bb. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que je ne pr\u00e9tends pas faire oeuvre d\u2019historien, je n\u2019ai donc pas fait de travail de v\u00e9rification. La m\u00e9moire est souvent chose floue et d\u00e9sordonn\u00e9e, m\u00eame pour les faits me concernant directement ce flou existe.\u00a0Ce qui m\u2019importe ici est ce que \u00ab\u00a0l\u2019histoire\u00a0\u00bb se faisant m\u2019a laiss\u00e9 comme trace, ce que je me raconte sur ma propre vie dans cette histoire, dont je fus \u00e0 ma place un protagoniste.\u00a0\u00c0 ce titre ceci est un document qui, je l\u2019esp\u00e8re, peut int\u00e9resser ceux qui n\u2019ont pas renonc\u00e9, ou qui s\u2019\u00e9veille\u00a0 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un autre monde possible, quelque soit leur \u00e2ge, leur g\u00e9n\u00e9ration. En \u00e9crivant cela je pense au vertige qui m\u2019a pris quand un matin je me suis r\u00e9veill\u00e9, anniversaires aidant, avec ce constat vertigineux pour moi : 50\u00b0 anniversaire de Mai 68, 100\u00b0 anniversaire de l\u2019armistice de 1918. Mai 68 est pour un jeune d\u2019aujourd\u2019hui, ce qu\u2019\u00e9tait pour moi la guerre 14-18 de mon grand-p\u00e8re. Encore, pour moi il y avait eu la 2\u00b0 guerre mondiale, plus pr\u00e8s pour me rappeler l\u2019horreur de la guerre et des nationalismes. Pour ma fille, de 20 ans pas de 2\u00b0 insurrection pour lui rendre plus pr\u00e9sente le charme de l\u2019utopie r\u00e9volutionnaire. Rat\u00e9e, la \u00ab\u00a0R\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb (cf. le livre de Bensa\u00efd et Weber) ne sera pas suivie d\u2019une \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb. Remball\u00e9 le spectacle du monde nouveau, le monde est vieux. Comme dirait mon fils de 22 ans, moqueur (et parfois un peu cynique) : \u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait avant la guerre ?\u00a0\u00bb Je vais donc vous parler d\u2019un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas conna\u00eetre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le gamin \u00ab\u00a0qui grimpait sur le radiateur pour voir les \u00e9toiles\u00a0\u00bb est n\u00e9 du bon c\u00f4t\u00e9 de la plan\u00e8te, mais aussi 17 ans avant un de ces moments o\u00f9 l\u2019histoire se fait clart\u00e9 nouvelle, avec un sens choisit par des humains en conscience. Le \u00ab\u00a0moment 1968\u00a0\u00bb, c\u2019est le titre d\u2019un livre que je n\u2019ai pas lu (pas encore ?), ne se borne pas au mois de Mai, encore moins \u00e0 la France. Pour moi il d\u00e9bute en 1967 avec la gr\u00e8ve et les manifestations des ouvriers de la Rhodiaceta, il se termine entre le 15 janvier 1975, mon embauche \u00e0 la CPAM de Marseille et le 25 novembre 1975 avec la fin de la R\u00e9volution au Portugal.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">En fait ce \u00ab\u00a0moment 68\u00a0\u00bb d\u00e9buta aussi, pour moi, avec la rencontre des JCR devant le palais des sports de Besan\u00e7on o\u00f9 se tenait une op\u00e9ration d\u00eetes \u00ab\u00a0Bol de riz\u00a0\u00bb organis\u00e9e par le Comit\u00e9 catholique contre la faim dans le monde.\u00a0<\/span><span class=\"s1\">\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur nous<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>poussions le ridicule, o\u00f9 le sordide, jusqu\u2019\u00e0 la distribution de bols de riz, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur les JCR distribuaient un tract que dans ma m\u00e9moire je r\u00e9sume par \u00ab\u00a0contre la faim dans le monde, une solution la r\u00e9volution\u00a0\u00bb. Pour le gamin que j\u2019\u00e9tais encore, le choix \u00e9tait fait. Choix d\u2019autant plus facile que je venais de d\u00e9couvrir que la gestion du \u00ab\u00a0Comit\u00e9 national catholique contre la faim dans le monde\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0toute\u00a0claire\u00a0\u00bb. Au<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>moment o\u00f9 je me rem\u00e9more ma rupture avec la pens\u00e9e charitable, je crois n\u00e9cessaire de dire que tout mon respect va aux engagements, m\u00eame sous une \u00e9tiquette confessionnelle, quand ils participent concr\u00e8tement aux luttes contres les injustices subies par des humains. Je salue leur efficacit\u00e9 quand elle est r\u00e9elle et leur participation \u00e0 l\u2019information des populations. Aujourd\u2019hui, pour exemple, pour ce que je peux en conna\u00eetre le CCFD fait un travail remarquable. Fin de la parenth\u00e8se.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Ce que les JCR me faisaient d\u00e9couvrir en th\u00e9orie, \u00ab\u00a0les Rhodiaceta\u00a0\u00bb comme on dit en Franche-Comt\u00e9, me le montrait dans la r\u00e9alit\u00e9, nous pouvons faire notre histoire. C\u2019est aussi par eux que je d\u00e9couvris l\u2019exp\u00e9rience de la violence d\u00e9fensive. \u00c0 la brutalit\u00e9 polici\u00e8re, ils r\u00e9pondaient par la force du groupe et la d\u00e9termination de ceux qui se savent \u00ab\u00a0dans leurs droits\u00a0\u00bb, dans ce monde dont l\u2019injustice me r\u00e9voltait.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Avant ce qu\u2019on appellera \u00ab\u00a0les \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb j\u2019\u00e9tais donc un jeune homme, militant chr\u00e9tien, r\u00e9volt\u00e9 par l\u2019injustice, surtout par \u00ab\u00a0la faim dans le monde\u00a0\u00bb. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 des ouvriers en lutte, des trotskistes lors de leurs distributions de tracts, et des livres. Les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e8nements\u00a0\u00bb en furent vraiment pour moi, parce que j\u2019allais y prendre part.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Le premier \u00e9v\u00e8nement marquant pour moi fut familial. Le 3 mai au soir, mon p\u00e8re convoqua les deux \u00ab\u00a0grands\u00a0\u00bb, son topo en gros fut : \u00ab\u00a0des jeunes font les cons en ce moment, que je n\u2019apprenne pas que vous tra\u00eenez l\u00e0 o\u00f9 vous ne devez pas \u00eatre\u00a0\u00bb. Ma r\u00e9ponse fut \u00ab\u00a0j\u2019en viens, j\u2019ai manifest\u00e9 et je compte bien recommencer\u00a0\u00bb. Le ton de mon p\u00e8re est imm\u00e9diatement mont\u00e9 et comme, de mani\u00e8re fort peu intelligente, je crus bon d\u2019agr\u00e9menter mon argumentation d\u2019un \u00ab\u00a0chauffe Marcel !\u00a0\u00bb (Marcel \u00e9tant son pr\u00e9nom et la r\u00e9plique, tir\u00e9e d\u2019une chanson c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 l\u2019\u00e9poque), il voulut joindre le geste \u00e0 la parole. Je jure n\u2019avoir fait que me prot\u00e9ger, ou esquiver. Le temps d\u2019entendre ma m\u00e8re crier \u00ab\u00a0Jean-Jacques ne fait pas mal \u00e0 ton p\u00e8re\u00a0\u00bb et mon petit fr\u00e8re, lui, choisir l\u2019autre \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb (fa\u00e7on de parler) \u00ab\u00a0papa ne fait pas mal \u00e0 Jean-Jacques\u00a0\u00bb ; ce fut \u00ab\u00a0l\u2019accident\u00a0\u00bb : mon p\u00e8re se jetant sur moi, en l\u2019esquivant je crus bien qu\u2019il allait heurter la vitre de la porte du balcon, je le rattrapais, dans sa chute il s\u2019ouvrait l\u2019arcade sourcili\u00e8re contre le dossier de ma chaise de bureau. Fin de l\u2019altercation et du fameux \u00ab conflit de g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00bb. Dans les jours qui suivirent, je me retrouvais au c\u00f4t\u00e9 de bien des adultes, notamment une partie des profs de mon lyc\u00e9e, ou de la fac\u2026 et des ouvriers en lutte. R\u00e9cemment un de mes camarades et amis du PCF, qui lui aussi \u00e9crit des sortes de m\u00e9moires, a renvoy\u00e9 le mouvement de la jeunesse de 1968 \u00e0 un \u00ab\u00a0barouf\u00a0\u00bb fait par des \u00ab\u00a0petits bourgeois\u00a0\u00bb, quelle incompr\u00e9hension ! De quel droit me range-t-on moi et tous mes petits camarades dans un autre camp \u00ab\u00a0de classe\u00a0\u00bb que celui que je choisissais, avec tant d\u2019autres, tr\u00e8s clairement. Faut dire que le PCF, auquel j\u2019ai depuis adh\u00e9r\u00e9, s\u2019il a beaucoup \u00e9volu\u00e9 n\u2019est pas revenu assez clairement sur ses erreurs d\u2019appr\u00e9ciation pendant le mois de mai et apr\u00e8s, laissant bien des camarades sur des positions un tantinet sectaires.<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">D\u00e8s le 6 mai nous \u00e9tions quelques uns, une petite poign\u00e9e devant le lyc\u00e9e pour le mettre en gr\u00e8ve. Nous avions pris la d\u00e9cision par t\u00e9l\u00e9phone pendant le week-end\u2026 et \u00e7a a march\u00e9. L\u2019avant veille nous d\u00e9couvrions dans le poste que l\u2019histoire passait de pays plus ou moins lointain au n\u00f4tre, et ce lundi matin nous la faisions, l\u2019histoire, devant notre lyc\u00e9e. Nous n\u2019allions pas nous en tenir l\u00e0. Dans les heures et les jours qui suivirent, nous allions d\u2019un lyc\u00e9e \u00e0 l\u2019autre, m\u00eame les \u00e9tablissements confessionnels entraient dans le mouvement. Ce petit groupe, dont aucun n\u2019\u00e9tait encore rattach\u00e9 \u00e0 une organisation, se retrouvait dans les assembl\u00e9es qui se tenaient dans les locaux de la fac de lettres. Nous \u00e9tions tous en premi\u00e8re, ce qui ne m\u2019emp\u00eacha d\u2019\u00eatre un orateur virulent pour le boycott du baccalaur\u00e9at. Sans des copains plus costauds que moi, les gros bras de\u00a0<\/span><span class=\"s1\">l\u2019UNEF\/AJS (je d\u00e9couvrais la jungle des sigles, je suis devenu un expert) <\/span><span class=\"s1\">m\u2019auraient \u00e9ject\u00e9 manu militari. Ce ne sera pas la derni\u00e8re fois o\u00f9 je me retrouverai dans la situation de la grande gueule ou du bavard, c\u2019est selon, secouru par des \u00ab\u00a0gros\u00a0\u00bb bras. Les Comit\u00e9s d\u2019action lyc\u00e9ens (CAL) vivraient bien au-del\u00e0 du mois de Mai. C\u2019est une copine venue de Rouen qui introduisit la JCR dans notre bahut. J\u2019allais pleinement m\u2019inscrire dans la construction de la Ligue Communiste (le R ne viendra qu\u2019apr\u00e8s sa dissolution). J\u2019avais bien du mal \u00e0 m\u2019y retrouver dans les d\u00e9bats de tendance qui faisaient d\u00e9j\u00e0 rage au sein de ma toute nouvelle organisation avant m\u00eame la cr\u00e9ation de la Ligue. Quitte \u00e0 me disqualifier aux yeux de beaucoup, je dois avouer que je changeais d\u2019avis apr\u00e8s chacune de mes lectures, le dernier texte lu avait souvent raison. Pire je dois avouer d\u2019embl\u00e9e que la variation de mes opinions, ou positions est une de mes caract\u00e9ristiques. Ce qui ne m\u2019emp\u00eachera jamais de d\u00e9fendre avec fougue ma derni\u00e8re position.\u00a0<\/span><span class=\"s1\">J\u2019ai pris au s\u00e9rieux, d\u00e8s mon adh\u00e9sion au trotskisme, l\u2019id\u00e9al de d\u00e9mocratie qui anime ce courant. On peut, \u00e0 juste titre, le moquer sur sa grande capacit\u00e9 \u00e0 se diviser en tendances. Mais, je reste fondamentalement attach\u00e9 au principe du libre d\u00e9bat, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019organiser pour qu\u2019il soit libre r\u00e9ellement, donc au droit de tendances.<br \/>\n<\/span><span style=\"font-size: 1rem;\">La jeunesse, l\u2019adolescence est le moment existentiel o\u00f9 on \u00ab\u00a0formalise\u00a0\u00bb son projet de vie. Je me suis choisi militant et intellectuel. Conform\u00e9ment \u00e0 ce choix, que j\u2019ai d\u00fb confirmer, faire \u00e9voluer tout au long de ma vie, j\u2019ai pris l\u2019habitude de tout lire de la production \u00ab\u00a0litt\u00e9raire\u00a0\u00bb des courants de ma toute nouvelle organisation, des organisations voisines, de toutes les organisations de gauche. Je m\u2019attaquais \u00e0 la th\u00e9orie, les auteurs marxistes surtout, Trotsky \u00ab\u00a0Ma vie\u00a0\u00bb, puis L\u00e9nine \u00ab\u00a0Que faire ?\u00a0\u00bb occup\u00e8rent mon \u00e9t\u00e9 68. Heureusement avec mon entr\u00e9e en terminale j\u2019allais \u00e0 la d\u00e9couverte de la philosophie sans rester sur les auteurs marxiste (gr\u00e2ce \u00e0 un prof tr\u00e8s classique, mais qui sut m\u2019int\u00e9resser, Mr Jacmot). Si j\u2019ai assez largement et longtemps rat\u00e9 l\u2019univers du roman,\u00a0 je lu Kazantzaki quand m\u00eame, gr\u00e2ce \u00e0 mon ami Jean-Luc, et quelques autres, mais j\u2019admirais surtout les couvertures des Livres de poche. Je me suis plong\u00e9 dans les po\u00e8tes, \u00ab\u00a0tous\u00a0\u00bb les po\u00e8tes de la petite collection Gallimard, pour la plupart en surface bien s\u00fbr. Heureusement pour mon p\u00e8re, il ferma assez vite le compte ouvert chez la librairie C\u00eatre, j\u2019aurai r\u00e9ussi \u00e0 le ruiner. Plus r\u00e9cemment en trahissant ma promesse de boycott d\u2019Amazon, c\u2019est moi que j\u2019ai contribu\u00e9 \u00e0 ruiner. La politique, les livres, c\u2019est bien\u2026 mais j\u2019\u00e9tais jeune et \u00ab\u00a0ces ann\u00e9es-l\u00e0\u00a0\u00bb \u00e9taient propice \u00e0 bien des aventures. Comme je serais bien incapable d\u2019en faire un r\u00e9cit unifi\u00e9, je vais juste \u00e9grener dans ces pages mes d\u00e9couvertes. j\u2019essaierais ensuite de r\u00e9sumer ce qui les relie aux \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e8nements\u00a0\u00bb, \u00e0 un moment privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019histoire \u00e0 une \u00ab\u00a0presque\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb qui a r\u00e9volutionn\u00e9 bien des choses dans notre \u00ab\u00a0monde\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Le chamboulement, des lyc\u00e9es casernes<\/b><br \/>\nDans les \u00ab\u00a0discours\u00a0\u00bb sur 68 la r\u00e9volte des jeunes est souvent d\u00e9nigr\u00e9e, soit pour en minimiser les r\u00e9sultats, soit pour lui faire porter les maux de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Dans la foul\u00e9e du mois de Mai, nous nous sommes attaqu\u00e9 \u00e0 ce que nous avons appel\u00e9, les lyc\u00e9es casernes. Nous avons cr\u00e9\u00e9 des journaux d\u2019expression, impos\u00e9 le droit de se r\u00e9unir, secouer les vieilles disciplines. Un exemple : sur le chemin de l\u2019\u00e9mancipation humaine, je crois que la mixit\u00e9 de l\u2019\u00e9cole ce n\u2019est pas rien. \u00c0 la rentr\u00e9e 1969 au lyc\u00e9e \u00ab\u00a0de filles\u00a0\u00bb Pasteur, toutes les \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e8ves\u00a0\u00bb devaient porter une semaine une blouse \u00e0 petits carreaux roses, l\u2019autre semaine \u00e0 petits carreaux bleus. Ils se trouvent que le lyc\u00e9e abritait aussi la classe mixte de Lettres sup\u00e9rieures (Hypokh\u00e2gne), j\u2019en \u00e9tais. Nous, les \u00ab\u00a0gar\u00e7ons\u00a0\u00bb de cette classe, avons appris la r\u00e9volte des filles de terminales contre cette obligation. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019emprunter leurs blouses bleues la semaine rose et vice versa. Cela n\u2019a pas tra\u00een\u00e9, convoqu\u00e9s d\u00e8s le premier jour<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>par la directrice, nous sommes all\u00e9s \u00e0 sa rencontre avec nos jolies blouses bleues et lui avons fait savoir notre refus d\u2019obtemp\u00e9rer \u00e0 son ordre de \u00ab\u00a0quitter\u00a0cet accoutrement ridicule\u00a0\u00bb\u2026 d\u00e8s le lendemain, si ma m\u00e9moire ne me fait pas d\u00e9faut, rapidement en tous cas) nos copines de terminales se voyaient \u00ab\u00a0priv\u00e9es\u00a0\u00bb de cette obligation d\u2019un autre \u00e2ge, madame la directrice avait peur du ridicule. Cette anecdote ne r\u00e9sume pas mes ann\u00e9es 68 au lyc\u00e9e, trois ann\u00e9es en fait, premi\u00e8re, terminale et\u2026 lettres sup, mais elle illustre la pr\u00e9sence d\u2019une dimension f\u00e9ministe et la diversit\u00e9 des formes prises par nos luttes. La lutte est toujours un bon souvenir, je crois. Je crois aussi que la relation prof \u00e9l\u00e8ve a \u00e9volu\u00e9, cette \u00e9volution l\u00e0, j\u2019oserais la r\u00e9sumer par le d\u00e9veloppement d\u2019une plus grande estime r\u00e9ciproque, loin des caricatures des r\u00e9actionnaires et sans doute du v\u00e9cu de certains profs chahut\u00e9s\u2026 et pourtant. Nous avons grandi plus vite, ils ont lutt\u00e9 avec nous, nous ont combattus pour d\u2019autres, se sont ouverts \u00e0 nos demandes, \u00e0 nos interrogations. Certains seraient surpris des souvenirs qu\u2019ils m\u2019ont laiss\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Changer la vie ! c\u2019\u00e9tait maintenant<\/b>.<br \/>\nTr\u00e8s t\u00f4t j\u2019ai r\u00eav\u00e9 de quitter le domicile familial. Certains mots, outre ceux des premiers \u00e9mois amoureux et passions politiques, raisonnaient dans ma t\u00eate : ailleurs, partir, prendre la route, Espagne\u2026 J\u2019ai pass\u00e9 mon bac en 1969. Mes parents voulant m\u2019\u00e9loigner de la Fac de lettres m\u2019exp\u00e9di\u00e8rent en Lettres sup. Cela ne m\u2019emp\u00eacha, ni de militer \u00e0 temps plein entre le lyc\u00e9e pasteur lieu de mes \u00e9tudes, la fac de lettres et autres lieux d\u2019interventions. Les vacances furent l\u2019occasion de mes premiers voyages en stop, je suis notamment all\u00e9 \u00e0 Amsterdam avec un copain, Christian. Cette ville ayant une certaine r\u00e9putation, je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser tout de suite que c\u2019est l\u2019\u00e9ducation fournie par la LCR qui m\u2019\u00e9loigna de toute tentation pour les drogues illicites. Par contre rien ne m\u2019avertissait des dangers de l\u2019alcool. Au retour d\u2019Amsterdam, \u00e0 la sortie de Saarbrucken nous \u00e9tions bloqu\u00e9s \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, un automobiliste s\u2019arr\u00eata et nous proposa de passer la soir\u00e9e et la nuit chez lui. Sur le chemin de son domicile, il s\u2019arr\u00eata devant une \u00e9picerie, en ressortit avec un casier de grandes bouteilles de bi\u00e8re. Arriv\u00e9 chez lui, apr\u00e8s avoir averti son \u00e9pouse de notre pr\u00e9sence, il posa 4 ou 5 des bouteilles sur la table, la soir\u00e9e fut arros\u00e9e, il dut aller rechercher des bouteilles. Si Christian finit au sens propre sous la table, ce fut la deuxi\u00e8me fois ou je fis s\u00e9rieusement l\u2019exp\u00e9rience de ma capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0tenir l\u2019alcool\u00a0\u00bb\u2026 il me fallut 47 ans pour comprendre que cette facult\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 une mal\u00e9diction pour moi. Je m\u2019en explique beaucoup plus loin dans ce texte. Notre h\u00f4te d\u2019un jour devint notre ami, 3 ou 4 ans plus tard sa femme nous avertit dans une triste lettre qu\u2019il \u00e9tait mort dans un accident de voiture, l\u2019histoire ne pr\u00e9cise pas s\u2019il avait un \u00ab\u00a0peu bu\u2026\u00a0\u00bb.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span><br \/>\nPartir ailleurs, prendre la route, direction l\u2019Espagne\u2026 tout \u00e7a d\u2019un coup, par la magie d\u2019une Dame de carreau dans une r\u00e9ussite, en fait une astuce pour me donner du courage, je fuguais avant la rentr\u00e9e de 1970. Ce fut un beau voyage\u2026 la belle histoire ce serait pour l\u2019ann\u00e9e suivante. \u00c0 mon retour, la m\u00eame carte que je r\u00eavais \u00eatre<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u00ab \u2026 la carte qui est si d\u00e9lirante qu\u2019il n\u2019aura plus jamais besoin d\u2019une autre \u00bb L. Cohen, me donna la force de donner rendez-vous \u00e0 une dame qui me laissa sur le carreau, parce que je n\u2019osais lui d\u00e9clarer ma flamme. Ce fut peut-\u00eatre son jour de chance. Par contre l\u2019impulsion \u00e9tait donn\u00e9e, je prenais mon envol, je cherchais travail et logement. Je trouvais presque en m\u00eame temps un studio, rue Casenat et un travail \u00e0 la librairie C\u00eatre. Tr\u00e8s vite mon studio fut un lieu d\u2019accueil, je me souviens avoir laiss\u00e9 ma premi\u00e8re paye sur la table et avoir dit de piocher dedans pour faire les courses. C\u2019\u00e9tait le d\u00e9but d\u2019un mode de vie ouvert dont je serais bien incapable par la suite. De la rue Casenat \u00e0 la rue Pontarlier, le cercle s\u2019agrandit, au point que l\u2019adresse fut cit\u00e9e dans<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Actuel (magazine \u00ab\u00a0underground\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s Wikip\u00e9dia). Tout se passait bien ou presque : certains r\u00e9sidents vol\u00e8rent la petite \u00e9picerie d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, je du avec l\u2019aide de mes amis arr\u00eater cela, a priori nous avions rien contre le vol\u2026 mais des grandes surfaces (sans se faire prendre) ; quand une descente de police fut organis\u00e9e,\u00a0 \u00e0 la recherche de drogue, ils ne trouv\u00e8rent que de l\u2019origan \u00e0 mettre sous scell\u00e9. N\u2019\u00e9tant pas t\u00e9moin de la prise \u00e0 mon domicile, je dois avouer un moment de frayeur avant de devoir \u00e9touff\u00e9 un fou rire, la consigne \u00ab\u00a0pas de \u00e7a ici\u00a0\u00bb \u00e9tait respect\u00e9e&#8230; ce jour-l\u00e0, ouf ! Ce ne fut qu\u2019au bout de plusieurs mois, que je constatais un vol au sein de notre communaut\u00e9 celui de mon gros dictionnaire d\u2019espagnol. Ayant quitt\u00e9 la librairie C\u00eatre, un moment je travaillais chez Kelton de nuit\u2026 il me fallut crier pour faire respecter mon sommeil, rien de tr\u00e8s anormal. Je faillis \u00eatre emb\u00eat\u00e9 pour l\u2019h\u00e9bergement d\u2019une mineure. Mes cohabitants faisaient aussi du commerce d\u2019objets artisanaux sans avoir les patentes, notamment Jean-Pierre, ami proche travaillant le cuir remarquablement, la police des mineurs eut l\u2019intelligence de comprendre le r\u00f4le positif de ces activit\u00e9s. M\u00eame moi je fus fabriquant de petits chats en laine que nous vendions sur le trottoir, mais ce fut surtout une fois dans le sud. En 1975, travaillant \u00e0 la S\u00e9cu, j\u2019avais encore les cheveux longs et mon v\u00eatement f\u00e9tiche \u00e9tait une tunique violette\u2026 je raconterais plus loin comment je fus amen\u00e9 \u00e0 changer de costume. Mais, le mois de Mai, dans ses suites avait amen\u00e9 un vent venu d\u2019Am\u00e9rique qui ne concernait pas que la lutte contre la guerre du Vietnam et la r\u00e9volte politique, mais aussi le mode de vie (c\u2019\u00e9tait bien plus qu\u2019une mode). Dans notre mode de vie, il y eut l\u2019influence de la chanson, pour moi, plus la chanson que la musique, la chanson fran\u00e7aise que celle en Anglais : au d\u00e9but il y eut Brassens et Brel, pendant les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e8nements\u00a0\u00bb L\u00e9o Ferr\u00e9, puis Leonard Cohen et son \u00ab\u00a0traducteur\u00a0\u00bb Alwright, la grande Catherine Ribeiro, Colette Magny\u2026 et tant d\u2019autres.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>Mon refus de l\u2019arm\u00e9e, mes aventures\u2026<br \/>\net la solidarit\u00e9 de mes camarades<br \/>\n<\/b>Je m\u2019\u00e9tais jur\u00e9 de ne pas marcher au pas, j\u2019ai donc tenu parole. Ce choix qui fut fondateur de ma personnalit\u00e9, qui m\u2019a ouvert au monde r\u00e9el, qui m\u2019a offert une formation exceptionnelle, j\u2019aurais pu le payer tr\u00e8s cher. Heureusement pour moi j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0organis\u00e9\u00a0\u00bb et, bien que mon choix fut individuel et en contradiction avec celui pr\u00f4n\u00e9 par mon organisation, celle-ci le moment venu me tira d\u2019un fort mauvais pas. Mon organisation (\u00ab\u00a0R\u00e9volution\u00a0\u00bb<\/span><span class=\"s2\">(1)<\/span><span class=\"s1\">) nous incitait \u00e0 aller \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et organiser la r\u00e9sistance, dans la perspective d\u2019un \u00ab\u00a0syndicat\u00a0\u00bb des appel\u00e9s. Mon choix, d\u00e9cid\u00e9 et irr\u00e9versible, fut ni pens\u00e9, ni pr\u00e9par\u00e9\u2026 ce n\u2019est qu\u2019au moment de la r\u00e9ception de la convocation (d\u00e9cembre 1971) que je quittais Besan\u00e7on en stop pour me r\u00e9fugier chez la m\u00e8re de ma compagne, Jo, \u00e0 Marseille. Pendant environ 6 mois, j\u2019ai v\u00e9cu, travaill\u00e9 (en usine et int\u00e9rim) , \u00e0 Marseille. L\u00e0 aussi, j\u2019ai attendu le dernier moment, la visite de la Police \u00e0 mon domicile pendant la journ\u00e9e pour quitter pr\u00e9cipitamment Marseille\u2026 en stop, accompagn\u00e9 de ma compagne. Ce sera sera une limite importante de mes r\u00e9cits, ma m\u00e9moire, si elle a gard\u00e9 trace de moments difficiles, comme de moments heureux, elle a compl\u00e8tement occult\u00e9 la mani\u00e8re dont je me suis tir\u00e9 des mille difficult\u00e9s quotidiennes. Cela donne un c\u00f4t\u00e9 irr\u00e9el \u00e0 mes souvenirs, qui sans doute rejaillit sur mon r\u00e9cit. Pourtant, j\u2019ai fait tout \u00e7a, j\u2019\u00e9tais autrement audacieux et d\u00e9brouillard que maintenant. Sans doute aussi; Jo, tout le temps o\u00f9 elle fut \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s jouait un r\u00f4le d\u00e9cisif pour les aspects pratiques de la vie. Ce dont je suis s\u00fbr c\u2019est que nous sommes all\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 Malaga, que nous avons d\u00e9couvert dans un resto pour pauvres les mille et une mani\u00e8res dont les pois chiches pouvaient \u00eatre accommod\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s que l\u2019on nous ait vol\u00e9 une partie de nos affaires, nous avons rebrouss\u00e9 chemin. De retour \u00e0 Besan\u00e7on, des amis se sont charg\u00e9s de me faire passer la fronti\u00e8re suisse, l\u00e0 je n\u2019\u00e9tais plus accompagn\u00e9, Jo m\u2019a rejoint apr\u00e8s. Mon premier souvenir marquant sur la Suisse, fut une discussion avec un automobiliste qui m\u2019avait pris en stop. Il m\u2019expliqua que la Suisse n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 envahie par l\u2019Allemagne Nazi \u00e0 cause de la force de son arm\u00e9e, ce ne fut que la premi\u00e8re fois que j\u2019entendis cette fable, parfois on accompagnait ce r\u00e9cit de la pr\u00e9sentation de l\u2019arme gard\u00e9e et entretenue par le citoyen suisse \u00ab\u00a0r\u00e9serviste\u00a0\u00bb. Quelle ne fut pas ma surprise d\u2019apprendre qu\u2019ainsi, mes camarades gauchistes avaient des armes \u00e0 domicile.. jamais entendu qu\u2019elles aient servis. Par contre tr\u00e8s r\u00e9cemment j\u2019ai lu que ces armes \u00e9taient parfois utilis\u00e9es pour se suicider.J\u2019ai b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de l\u2019aide du r\u00e9seau ayant aid\u00e9 les d\u00e9serteurs ou insoumis au moment de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Je fus h\u00e9berg\u00e9 d\u2019abord \u00e0 Lausanne, puis \u00e0 Gen\u00e8ve, je trouvais du travail en Usine, apr\u00e8s une \u00ab\u00a0pige\u00a0\u00bb comme d\u00e9m\u00e9nageur, ou l\u2019inverse. J\u2019eus le temps de d\u00e9couvrir la richesse du milieu militant suisse. Ce pays abritant de nombreux r\u00e9fugi\u00e9s politiques, notamment \u00e0 cause de r\u00f4le international de Gen\u00e8ve. L\u2019internationalisme, plus encore qu\u2019en France, \u00e9tait au centre de l\u2019engagement de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de militant. Le r\u00eave de partir ailleurs, pour participer \u00e0 la R\u00e9volution mondiale que nous appelions de nos voeux, \u00e9tait aussi plus pr\u00e9sent. Le beau film de Tanner, le retour d\u2019Afrique est une belle illustration de ce r\u00eave par procuration. Il y avait bien un mouvement ouvrier en Suisse, mais les ouvriers \u00e9taient souvent des \u00e9trangers (cf. la place des frontaliers) et il fallait plus regarder du c\u00f4t\u00e9 de Zurich. J\u2019ai m\u00eame crois\u00e9 une manifestation de retrait\u00e9s\u2026 mais je voulais pas rester l\u00e0 bas. <\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">Je tentais de partir en Grande-Bretagne, je n\u2019en connus que les services de l\u2019immigration de l\u2019a\u00e9roport de Londres et fut r\u00e9exp\u00e9di\u00e9 en Suisse. C\u2019est en Suisse que mon organisation reprit contact avec moi, me mit devant le dilemme de fuir d\u00e9finitivement la France, ou de pr\u00e9parer avec son aide une reddition aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises. \u00c0 nouveau avec l\u2019aide d\u2019un ami je repassais la fronti\u00e8re suisse. H\u00e9berg\u00e9 dans la r\u00e9gion parisienne, nous pr\u00e9parons un dossier m\u00e9dical pour pouvoir jouer la carte de la r\u00e9forme, quand je me serai rendu. Fin pr\u00e8s \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019institution militaire, en jouant de la d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re, je me suis rendu aupr\u00e8s d\u2019une gendarmerie. J\u2019ai du aider le pauvre gendarme de service \u00e0 comprendre ce que je faisais l\u00e0, \u00e0 r\u00e9diger son rapport\u2026 apr\u00e8s je me souviens d\u2019un long voyage dans un \u00ab\u00a0panier \u00e0 salade\u00a0\u00bb Citro\u00ebn, suis-je arriv\u00e9 directement au r\u00e9giment d\u2019infanterie de Frileuse ? Une fois arriv\u00e9 et \u00ab\u00a0incorpor\u00e9 le 25 octobre 1973\u00a0\u00bb cf. ma carte militaire, je fus vite admis \u00e0 l\u2019infirmerie, je ne la quittais que pour passer en commission de r\u00e9forme. \u00ab\u00a0Lib\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb le 23\/11\/73, ce n\u2019\u00e9tait pas la fin de mes aventures avec l\u2019arm\u00e9e. Pendant ce mois pass\u00e9 dans les coulisses du \u00ab\u00a0camp\u00a0\u00bb de Frileuse, j\u2019ai pu mesurer ma chance d\u2019en r\u00e9chapper sans avoir march\u00e9 au pas. J\u2019en ai vu des estropi\u00e9s par des marches trop forc\u00e9es ou des exercices pour lesquels ils n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9par\u00e9s. Je me souviens d\u2019un jeune Tunisien, qui de retour en France pour des vacances s\u2019est vu consid\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0insoumis\u00a0\u00bb sans comprendre pourquoi, quand je fis sa connaissance il avait des pieds dans un sale \u00e9tat. Le jour o\u00f9 je devais \u00eatre, o\u00f9 je fus lib\u00e9r\u00e9, j\u2019\u00e9tais sous la garde d\u2019un grad\u00e9 quelconque, l\u2019arm\u00e9e n\u2019a pas eu le temps de m\u2019apprendre les grades, je compris tr\u00e8s vite qu\u2019il voulait me faire faire une connerie pour avoir la joie de m\u2019enfermer. Au d\u00e9but, je croyais que seuls mes cheveux rest\u00e9s longs, l\u2019arm\u00e9e n\u2019avait pas non plus pris le temps de me les couper, lui restaient en travers de la gorge, il s\u2019en prenait \u00e0 eux dans ses insultes et en les tirant. Mais au fil de la journ\u00e9e il devint de plus en plus agressif, ma volont\u00e9 de sortir m\u2019aida \u00e0 ne pas r\u00e9agir \u00e0 ses injures, menaces, bousculades, crachats. Je pensais aussi que me sachant soutenu de l\u2019ext\u00e9rieur, un m\u00e9decin prenait r\u00e9guli\u00e8rement de mes nouvelles, il n\u2019oserait pas d\u00e9passer certaines bornes. Je me souviens de mes premiers pas, seul dans la nature, je me croyais dans un film quand le prisonnier sort et que personne ne l\u2019attend\u2026 Il n\u2019y avait pas de portable \u00e0 l\u2019\u00e9poque, je me mis \u00e0 la recherche d\u2019une cabine t\u00e9l\u00e9phonique. Apr\u00e8s la joie des retrouvailles avec mes ami.e.s, je retournais chez les ami.e.s qui m\u2019h\u00e9bergeaient et me mis vite \u00e0 la recherche de travail\u2026 \u00e0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait chose facile, retour \u00e0 l\u2019int\u00e9rim et \u00e0 l\u2019usine. Pendant quelques mois j\u2019attendais ainsi mon proc\u00e8s pour insoumission. J\u2019eus le bonheur de participer \u00e0 ma premi\u00e8re gr\u00e8ve, les travailleurs du site o\u00f9 je travaillais r\u00e9alisant l\u2019unit\u00e9, que j\u2019aurais cru impossible quelques jours avant son d\u00e9clenchement, entre africains du nord, africains noirs de peau, fran\u00e7ais blanc de peau et yougoslaves. Tous les racismes et mesquineries furent battus. Jusqu\u2019au dernier moment, nous ne savions pas si les yougoslaves en seraient. \u00c0 la cantine le leader, un nord africain, demanda \u00e0 chacun de voter en restant assis s\u2019il \u00e9tait d\u2019accord pour l\u2019arr\u00eat de travail : un yougoslave se leva, un deuxi\u00e8me\u2026 interpell\u00e9 s\u00e8chement par un des leurs dans leur langue, ils se rassirent. C\u2019\u00e9tait bon, l\u2019unanimit\u00e9 \u00e9tait acquise, les n\u00e9gociations ne tra\u00een\u00e8rent pas. Il y avait des camions \u00e0 d\u00e9charger.<br \/>\nLa fin de cette aventure fut le moment le plus dur. Je passais en jugement au d\u00e9but (?) de l\u2019ann\u00e9e 1974. Le Tribunal Permanent des Forces Arm\u00e9es (TPFA, juridiction d\u2019exception supprim\u00e9e en 1982) s\u2019entourait d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial impressionnant. Dans la coulisse je vis mon avocat, fourni par mon organisation, ma\u00eetre Antoine Comte, examiner rapidement les autres affaires passant ce jour et retenir les plus critiques pour proposer aux avocats commis d\u2019office de s\u2019en charger. Dans mon dossier il d\u00e9couvrit avec moi une longue lettre de mon p\u00e8re, qui me d\u00e9signant comme clairement antimilitariste et contredisant la th\u00e8se du gar\u00e7on d\u00e9pressif et perdu, fragilisant ainsi ma ligne de d\u00e9fense au point de rendre mon avocat tr\u00e8s visiblement inquiet\u2026 je voyais la menace de la prison ferme, voir de la forteresse militaire se rapprocher. C\u2019est avec cette inqui\u00e9tude que j\u2019entrais, dans la salle d\u2019audience, entour\u00e9 de militaires en armes, qui \u00ab\u00a0pr\u00e9sent\u00e8rent armes \u00a0\u00bb quand je fus arriv\u00e9e en salle. Je ne me rappelle pas trop du d\u00e9but du proc\u00e8s, tout \u00e0 ma stupeur face \u00e0 la situation et au c\u00e9r\u00e9monial. Je crois quand m\u00eame qu\u2019on en arriva vite au r\u00e9quisitoire du \u00ab\u00a0commissaire aux arm\u00e9es\u00a0\u00bb, ici pas d\u2019avocat g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est un officier militaire qui joue ce r\u00f4le. Tr\u00e8s vite il pronon\u00e7a la phrase qui fit basculer le proc\u00e8s dans un spectacle dont je ne compris pas le sens, ni ne sut en appr\u00e9cier la saveur : \u00ab\u00a0il doit \u00eatre ici \u00e9vident pour tous que la mesure de r\u00e9forme prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Mr Angot est une mesure de prophylaxie prise par l\u2019arm\u00e9e\u00a0\u00bb. Il fut coup\u00e9 net par mon avocat, jaillissant de son si\u00e8ge et hurlant juste derri\u00e8re moi : \u00ab\u00a0Les propos de Monsieur<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>le Commissaire son une insulte \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9decins militaires, ils les accusent de mensonges, de fraude\u2026 je demande des excuses imm\u00e9diates\u2026\u00a0\u00bb. Je n\u2019entendis rien d\u2019autre, ne comprit pas pourquoi \u00ab\u00a0la cour\u00a0\u00bb se levait et sortait. L\u2019attente me parut interminable, je n\u2019entendis rien des propos se voulant sans doute rassurants que mon avocat me soufflait \u00e0 l\u2019oreille. Ai-je compris sur le moment qu\u2019\u00e0 son retour le Commissaire retira son propos et pr\u00e9senta ses excuses ? Mon sort venait de basculer positivement. \u00c0 la sortie du tribunal, malgr\u00e9 la joie de mes ami.e.s je crois que je ne r\u00e9alisais pas, j\u2019\u00e9tais comme paralys\u00e9, il fallut m\u2019aider \u00e0 sortir. Trois mois avec sursis, peine vite effac\u00e9e par l\u2019amnistie qui suivit le d\u00e9c\u00e8s du Pr\u00e9sident Pompidou. FIN. Fin de l\u2019\u00e9pisode le plus \u00ab\u00a0fou\u00a0\u00bb de ma vie, de mon adolescence. Retour \u00e0 Marseille, d\u00e9but de ma vie d\u2019adulte.<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>R\u00e9volution ? vous avez dit R\u00e9volution (s ?)<br \/>\n\u00ab\u00a0<\/b>C&rsquo;est seulement lorsque \u00ab\u00a0ceux d&rsquo;en bas\u00a0\u00bb ne veulent plus et que \u00ab\u00a0ceux d&rsquo;en haut\u00a0\u00bb ne peuvent plus continuer de vivre \u00e0 l&rsquo;ancienne mani\u00e8re, c&rsquo;est alors seulement que la r\u00e9volution peut triompher. \u00bb L\u00e9nine. Ind\u00e9niablement, durant les mois de mai et juin 1968 les ouvrie(\u00e8)r.e.s (la plus grande gr\u00e8ve de l\u2019histoire de la France), les employ\u00e9.e.s, les jeunes ne voulaient plus vivre \u00e0 l\u2019ancienne mani\u00e8re. Quand De Gaulle est partie en Allemagne, il semble bien que \u00ab\u00a0ceux d\u2019en haut\u00a0\u00bb vacillaient. De mani\u00e8re sch\u00e9matique je crois que l\u2019on peut dire qu\u2019il n\u2019y eut pas de repr\u00e9sentation politique \u00e0 la hauteur du mouvement de ceux d\u2019en bas, encore moins de \u00ab\u00a0direction\u00a0\u00bb politique<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>pour proposer un chemin. La pauvret\u00e9 du d\u00e9bat strat\u00e9gique dans les ann\u00e9es qui suivirent : \u00ab\u00a0une seule solution la R\u00e9volution\u00a0\u00bb oppos\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0une seule solution le programme commun\u00a0\u00bb, nous pr\u00e9parait mal \u00e0 faire face aux offensives \u00e0 venir de nos adversaires de classe, Il n\u2019emp\u00eache \u2026 nous avions r\u00eav\u00e9 de le changer ce monde injuste, nous avions proclam\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de le changer. Je suis rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 ce r\u00eave, c&rsquo;est lui, aujourd&rsquo;hui encore qui donne sens \u00e0 ma vie ! Nul \u00e9chec ne saurait invalider le r\u00eave que l&rsquo;on prend au s\u00e9rieux, surtout quand il porte les beaux nom d&rsquo;utopie, d&rsquo;esp\u00e9rance d&rsquo;un monde enfin\u00a0 pleinement humain, de communisme.<\/span><\/p>\n<p><strong><em>Pour illustrer le vent d&rsquo;espoir qui soufflait \u00e0 cette \u00e9poque, je termine ce chapitre par un document de cette \u00e9poque dont je fus en partie le r\u00e9dacteur :<\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">1\u00b0 page de <b>\u00ab\u00a0Revolution !\u00a0\u00bb<\/b> N\u00b0 sp\u00e9cial de Novembre 1971<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Jeunes<\/span><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">dans le vieux monde<br \/>\no\u00f9 nous sommes en sursis<br \/>\nentre la famille patriarcale qui n\u2019en finit pas de mourir<br \/>\net l\u2019exploitation pour les uns, la survie pour les autres<br \/>\nnotre d\u00e9linquance est d\u00e9finitive<br \/>\nLa bourgeoisie a invent\u00e9 notre r\u00e9volte<br \/>\ncomme un ph\u00e9nom\u00e8ne de tous les temps<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Mais notre r\u00e9volte n\u2019est pas<br \/>\naussi vieille que les saisons<br \/>\nin\u00e9vitable et naturelle<br \/>\nLa jeunesse \u00e9ternelle, cette divinit\u00e9 biologique<br \/>\nqui n\u2019a que l\u2019\u00e2ge de ses art\u00e8res,<br \/>\n\u00e7a n\u2019a jamais exist\u00e9.<br \/>\nNotre insurrection est de ce temps, contre<br \/>\ncette soci\u00e9t\u00e9, qui exploite et opprime :<br \/>\nla soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>PRENEZ GARDE BOURGEOIS,<\/b> oppresseurs<br \/>\nen tout genre, <b>LA JEUNESSE FOUT LE CAMP !<\/b><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">La jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui<br \/>\nest une<b> cr\u00e9ation involontaire d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9pass\u00e9.<br \/>\n<\/b>Les r\u00e9volutions industrielles, techniques, scientifiques<br \/>\ncomme on les nomme parfois<br \/>\nont oblig\u00e9 la bourgeoisie \u00e0 allonger le temps d\u2019\u00e9tude,<br \/>\nle temps d\u2019incertitude, le temps de ch\u00f4mage,<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">entre l\u2019esclavage familiale et<br \/>\n<b>l\u2019exploitation pour la plupart, l\u2019oppression pour presque tous.<\/b><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Etre jeune, c\u2019est \u00eatre<br \/>\nle b\u00e9n\u00e9ficiaire involontaire de ce faux sursis.<br \/>\nEt de d\u00e9cadence en pourriture, les actionnaires du vieux monde<br \/>\nveulent nous entra\u00eener dans leurs d\u00e9combres.<br \/>\nPour nous plier aux jours sans avenir qu\u2019ils nous pr\u00e9parent<br \/>\nles bourgeois disposent de vieux trucs,<br \/>\nqui n\u2019en finissant pas de se d\u00e9labrer,<br \/>\nmais qui ont d\u00e9j\u00e0 fait leur preuve :<br \/>\nL\u2019Ecole, la Famille, l\u2019Arm\u00e9e.<br \/>\n<b>Merci pour nous : travail, famille, patrie y en a marre !<\/b><br \/>\nEt pour que rien dans notre sursis<br \/>\nn\u2019\u00e9chappe aux lois de l\u2019embrigadement et de la r\u00e9pression<br \/>\nils nous servent <b>tous les bagnes de la jeunesse<\/b><br \/>\nde l\u2019\u00e9ducation surveill\u00e9e, \u00e0 la caserne et \u00e0 la prison.<br \/>\nEt pour que rien dans notre sursis<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">ne reste \u00e0 l\u2019abri<br \/>\nils nous offrent <b>la mis\u00e8re sexuelle et les loisirs surveill\u00e9s<br \/>\nl\u2019ennui, <\/b>qui n\u2019est plus le luxe de la jeunesse dor\u00e9e,<br \/>\nmais pour tous, toujours, partout,<br \/>\nun des terrains d\u2019o\u00f9 naissent toutes nos r\u00e9voltes.<br \/>\nMais il faut \u00eatre juste : les heureux b\u00e9n\u00e9ficiaires<br \/>\nDe ce sursis nomm\u00e9 jeunesse<br \/>\nen usent diff\u00e9remment.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Le vieux monde peut difficilement oublier sa gloire d\u2019antan,<br \/>\nni sombrer sans honte dans l\u2019incoh\u00e9rence.<br \/>\nAlors il pr\u00e9pare quelques-uns d\u2019entre nous<br \/>\n\u00e0 la figuration et la d\u00e9coration ;<br \/>\nalors il entretient des sp\u00e9cialistes de \u00ab\u00a0l\u2019inutile\u00a0\u00bb,<br \/>\ngarde-chiourmes en tous genres,<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">professeurs et artistes dispenseurs de sommeil,<br \/>\net un lourd contingent de grattes papiers.<br \/>\nParfois, rarement, dans la m\u00eame voie existent d\u2019autres<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">solutions.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Mais les jeunes qu\u2019on caporalise pour les pr\u00e9parer \u00e0 devenir<br \/>\nle adjudants de la vie civile<br \/>\ncommencent \u00e0 piger que les cartes sont truqu\u00e9es<br \/>\net disent NON.<\/span><\/em><\/p>\n<p><em>L\u2019autre voie, c\u2019est la voie directe : le bureau, l\u2019usine,<\/em><br \/>\n<em>le travail crevant, \u00e9touffant, sans but,<\/em><br \/>\n<em><span style=\"font-size: 1rem;\">le travail dont l\u2019objet vous \u00e9chappe et les moyen vous usent<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"> et vous tuent.<br \/>\nLa voie de la surexploitation : les horaires d\u00e9ments pour un<br \/>\nsalaire d\u00e9risoire, le ch\u00f4mage de temps \u00e0 autre, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arm\u00e9e<br \/>\nou tout le temps.<br \/>\nLe m\u00e9tier insuffisant pour aujourd\u2019hui peut-\u00eatre,<br \/>\ninutilisable pour demain. <b>L\u2019usure, l\u2019accident,<br \/>\nla mort d\u00e9j\u00e0 programm\u00e9es,<br \/>\n<\/b>qu\u2019on ne peut fuir qu\u2019en refusant de travailler : mais<br \/>\npour quoi faire ? Pour les jeunes travailleurs tout est pr\u00e9vu :<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">surexploitation, ch\u00f4mage, ou, d\u2019un mot bourgeois qui appelle<br \/>\nla chasse \u00e0 l\u2019homme : la d\u00e9linquance.<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">Si nous sommes de plus en plus nombreux,<br \/>\nde plus en plus et de plus en plus longtemps,<br \/>\nc\u2019est que les bourgeois ont besoin de plus en plus de temps,<br \/>\npour nous plier aux exigences actuelles de la soci\u00e9t\u00e9<br \/>\nd\u2019exploitation.<br \/>\nMais il faut \u00eatre clair :<br \/>\nentre les jeunes des \u00e9coles et les jeunes travailleurs,<br \/>\nc\u2019est une division de classe que les bourgeois organisent<br \/>\net pr\u00e9parent.<br \/>\nPourtant, les bourgeois, en voulant nous briser,<br \/>\nnous emprisonnent dans les m\u00eames institutions,<br \/>\nessaient de nous normaliser avec les m\u00eames armes,<br \/>\nnous jettent sur un m\u00eame march\u00e9.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>CONTRE CE QUE LA BOURGEOISIE NOUS ASSENE A TOUS<br \/>\nET CONTRE L\u2019EXPLOITATION QU\u2019ELLE FAIT SUBIR A LA PLUPART<\/b><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>LA SEULE LIBERTE QUI NOUS RESTE<br \/>\nDANS CE SURSIS NOMME JEUNESSE<br \/>\nC\u2019EST DE METTRE NOTRE LUTTE EN COMMUN<\/b><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>Notre seule voie, c\u2019est la r\u00e9volution.<br \/>\n<\/b>Ce qui peut nous unir, c\u2019est la lutte r\u00e9volutionnaire.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Nous acceptons d\u2019\u00eatre des fous,<br \/>\nsi c\u2019est folie de penser que \u00e7a ne se fera pas tout seul<br \/>\net de croire que \u00e7a peut se faire.<br \/>\nNous ne croyons pas \u00e0 la conversion massive.<br \/>\nNous n\u2019attendons pas le messie.<br \/>\nNous n\u2019attendons pas la mort.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Nous nous battons avec notre raison, elle nous dit<br \/>\nqu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autre voie que de tenter de vaincre,<br \/>\nde s\u2019organiser et de s\u2019unir pour \u00e7a\u2026<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>S\u2019organiser, <\/b>c\u2019est des tas de trucs. Mais c\u2019est d\u2019abord par<br \/>\nexemple cela :<\/span><\/em><\/p>\n<ul class=\"ul1\">\n<li class=\"li1\"><em><span class=\"s1\">dans un lyc\u00e9e, emp\u00eacher l\u2019ennui de venir \u00e0 bout de notre \u00e9nergie,<br \/>\nfaire trembler les murs des vieux b\u00e2timents,<br \/>\nlutter ensemble contre les vieux r\u00e8glements,<br \/>\nles gardes chiourmes,<br \/>\nle radotage des vieux schnocks :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>les chahuteurs au pouvoir !<\/span><\/em><\/li>\n<li class=\"li1\"><em><span class=\"s1\">dans un quartier, combattre les pr\u00e9jug\u00e9s anti-jeunes,<br \/>\nles tenants de l\u2019ordre et de la propri\u00e9t\u00e9,<br \/>\nles animateurs postiches, les flics en tous genres,<br \/>\nprendre possession des maisons de jeunes :<br \/>\ndes locaux et des terrains pour les \u00ab\u00a0voyous\u00a0\u00bb!<\/span><\/em><\/li>\n<li class=\"li1\"><em><span class=\"s1\">partout se d\u00e9fendre contre les familles possessives, les moralisateurs et leurs interdictions mortuaires, le fric tout puissant, les loisirs aseptis\u00e9s.<\/span><\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>Leur morale n\u2019est pas la notre !<\/b><\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\"><b>S\u2019unir, <\/b>c\u2019est savoir qui est avec nous.<br \/>\nPour le savoir, il suffit de regarder le monde.<br \/>\nD\u2019un c\u00f4t\u00e9 les poss\u00e9dants et tous leurs mercenaires.<br \/>\nDe l\u2019autre : ceux qui sont condamn\u00e9s au travail.<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">En gros, c\u2019est \u00e7a. Mais les travailleurs repr\u00e9sentent l\u2019avenir<br \/>\npuisqu\u2019ils ont tout \u00e0 perdre dans le maintien de l\u2019\u00e9tat actuel.<br \/>\nEn regardant de plus pr\u00e8s, on voit qui favorise<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">la mise en branle de cette partie br\u00fblante de la soci\u00e9t\u00e9,<br \/>\net qui cherche \u00e0 l\u2019endormir :<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">on choisit alors entre les r\u00e9formistes et la r\u00e9volution.<br \/>\nMais encore : pour unir une jeunesse divis\u00e9e,<br \/>\nil ne faut pas chercher \u00e0 unir toute la jeunesse ;<br \/>\npour unir a jeunesse, il faut l\u2019unir aux travailleurs.<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">Et c\u2019est l\u2019unit\u00e9 avec les travailleurs qui d\u00e9cidera<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">parmi les jeunes, qui est avec nous, qui est contre nous.<br \/>\n<strong>Enfin, ne laissons pas la politique aux menteurs,<\/strong><br \/>\n<strong> aux marchands de chloroforme.<\/strong><br \/>\nOn ne se laissera pas enfermer dans un horizon m\u00e9diocre.<br \/>\nPlus de fronti\u00e8res, plus de tabous, plus rien<br \/>\nne doit subsister de ce vieux monde !<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p1\"><em><span class=\"s1\">Alors la jeunesse prendra la place qui est la sienne,<br \/>\n<\/span><span class=\"s1\">dans la lutte et dans la victoire !<\/span><\/em><\/p>\n<p><strong>Mon seul Credo, par une grande chanteuse :\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><span class=\"embed-youtube\" style=\"text-align:center; display: block;\"><iframe class='youtube-player' width='525' height='296' src='https:\/\/www.youtube.com\/embed\/Md9veAPXJzI?version=3&#038;rel=1&#038;showsearch=0&#038;showinfo=1&#038;iv_load_policy=1&#038;fs=1&#038;hl=fr-FR&#038;autohide=2&#038;wmode=transparent' allowfullscreen='true' style='border:0;' sandbox='allow-scripts allow-same-origin allow-popups allow-presentation'><\/iframe><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. Ma vie, mes chemins 2\/ Mes ann\u00e9es 68 1967-1975 Il \u00e9tait une fois un gamin qui grimpait sur le radiateur de la salle de bain pour voir les \u00e9toiles, quand les volets de l\u2019appartement \u00e9taient ferm\u00e9s. Sous ce ciel il y avait aussi un alignement de b\u00e2timents tr\u00e8s moches, on lui dit que c\u2019\u00e9taient &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/2017\/10\/21\/mes-annees-68\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;2\/ Mes ann\u00e9es 68&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[9],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9eCPT-34","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=190"}],"version-history":[{"count":24,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3182,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190\/revisions\/3182"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=190"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=190"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=190"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}