{"id":177,"date":"2017-10-14T19:16:32","date_gmt":"2017-10-14T17:16:32","guid":{"rendered":"http:\/\/laviecommence.fr\/?p=177"},"modified":"2020-05-30T15:31:08","modified_gmt":"2020-05-30T13:31:08","slug":"4-la-senescence-cestnaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/2017\/10\/14\/4-la-senescence-cestnaissance\/","title":{"rendered":"4\/ La s\u00e9nescence (c\u2019estnaissance)"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"p1\"><span class=\"s1\">4 \/ La s\u00e9nescence (c\u2019estnaissance)<br \/>\n<\/span><\/h3>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\">merci \u00e0 Danielle Rapoport pour le beau jeu de mots<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">Avant de commencer \u00e0 \u00e9crire ce texte, j\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00e9crire une autobiographie. Il s\u2019agissait pour moi de laisser une trace, un t\u00e9moignage avant d\u2019en finir. J\u2019ai m\u00eame commenc\u00e9 plusieurs fois de premi\u00e8res \u00e9bauches par ces mots que je croyais d\u00e9finitifs : \u00ab\u00a0j\u2019ai rat\u00e9 ma vie.\u00a0\u00bb Il m\u2019a fallu du temps pour simplement \u00e9crire : \u00ab\u00a0Je veux croire que la vie n\u2019est pas finie\u00a0\u00bb. De fait, j\u2019ai connu durant trois ann\u00e9es, \u00e0 la fois tr\u00e8s longues et tr\u00e8s courtes, une crise existentielle. Il me fut facile \u00e0 la fois par les souvenirs que j\u2019avais de ma jeunesse (raviv\u00e9s par mon projet d\u2019\u00e9criture) mais surtout par le fait de c\u00f4toyer au quotidien ma fille Dounia plong\u00e9e dans les difficult\u00e9s pour devenir adulte, de faire le parall\u00e8le avec la crise d\u2019adolescence. Mes r\u00eaves, mes envies de me dire et donc d\u2019\u00e9crire \u00e9taient les jumelles de celles de mon adolescence. Je leur croyais une dimension plus tragique, le grand \u00e2ge les privant de toute perspective. Il en allait notamment ainsi pour les r\u00eaves amoureux. A la r\u00e9flexion je vois bien \u00e0 quel point j\u2019oubliais les tourments, les angoisses de ma jeunesse, les murs contre lesquels je m\u2019\u00e9tais cogn\u00e9. Les douleurs et les cris de ma fille furent l\u00e0 aussi pour me rappeler que Nizan avait \u00e9crit :\u00a0\u00ab\u00a0J\u2019avais vingt ans. Je ne laisserais personne dire que c\u2019est le plus bel \u00e2ge de la vie\u00a0\u00bb et que ce cri avait tellement touch\u00e9 le jeune homme que je fus. Comme un adolescent mes tourments me semblaient insurmontables, comme un adolescent je croyais incommunicables et totalement personnels mes sentiments. Pire je me lan\u00e7ais dans la consommation effr\u00e9n\u00e9e d\u2019une drogue, l\u2019alcool. Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre fait soigner de mon addiction, quand je voyais \u00e0 nouveau le jour, la sortie de ma crise existentielle je cherchais un nom \u00e0 mettre dessus. Je tentais m\u00eame d\u2019en inventer un,\u00a0\u00a0je tentais \u00ab\u00a0vieillescence\u00a0\u00bb \u2026 Gr\u00e2ce \u00e0 mes lectures, notamment au beau livre de Catherine Bergeret-Amselek (C. B-A), j\u2019ai compris que je vivais une exp\u00e9rience \u00e0 la fois banale et tr\u00e8s personnelle, la crise que l\u2019individu humain traverse pour accepter son vieillissement et qu\u2019il existait d\u00e9j\u00e0 un mot construit comme adolescence \u00e0 partir du latin : s\u00e9nescence. La m\u00eame auteure me faisait conna\u00eetre le beau jeu d\u2019\u00e9criture qui permet d\u2019entendre l\u2019enjeu des crises existentielles, la re naissance de l\u2019individu, au travers de la croissance de la personne. Alors, bienvenue \u00e0 la \u00ab\u00a0c\u2019estnaissance\u00a0\u00bb ! C. B-A situe cette crise entre 65 et 90 ans. La mienne, je l\u2019ai travers\u00e9 de 62 \u00e0 64 ans. De plus je crois que nous les vieux on a le droit \u00e0 plusieurs de ces crises\u2026 surtout si on va loin en \u00e2ge. Mais les adolescents aussi parfois s\u2019y reprennent \u00e0 plusieurs fois. Les adultes connaissent aussi les crises de la maturescence. Nous n\u2019en finissons jamais de grandir. Il y a aussi des individus dont la croissance s\u2019arr\u00eate en chemin et d\u2019autres, para\u00eet-il, qui vont sans conna\u00eetre la crise.<\/p>\n<p class=\"p1\">Je pense aussi que contrairement aux autres organismes ou \u00eatres vivants, les humains ne connaissent pas forc\u00e9ment une p\u00e9riode de d\u00e9clin par rapport \u00e0 ce qu\u2019ils sont vraiment : des \u00eatres qui pensent, qui racontent et se racontent, qui r\u00eavent, qui, comme diraient Norbert Elias, vivent surtout dans la 5\u00b0 dimension, la dimension symbolique. Si j\u2019ajoute que gr\u00e2ce \u00e0 cette 5\u00b0 dimension nous pouvons voyager dans le temps et dans l\u2019espace, tous mes lecteurs qui ne connaissent pas \u00ab\u00a0La th\u00e9orie des symboles\u00a0\u00bb doivent \u00eatre tr\u00e8s inquiets. Non je ne suis pas un adepte d\u2019un trans ou post humanisme, ni \u00e9crivain de science-fiction. Pour r\u00e9sumer, je pense que pour compl\u00e9ter Marx qui \u00e9crivait \u00ab\u00a0l\u2019essence humaine est l\u2019ensemble des rapports sociaux\u00a0\u00bb, il nous faut comprendre que les humains cr\u00e9ent le monde humain, \u00ab\u00a0l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb commune gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ensemble des signes qui leur permettent d\u2019agir ensemble (produire) mais aussi de le faire d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de notre plan\u00e8te, aussi avec nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs et m\u00eame avec nos successeurs. Fermons cette parenth\u00e8se (voir notamment les \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/2017\/10\/21\/annexe-3-11-theses-philosophiques-sur-le-communisme\/\">11 th\u00e8ses philosophiques<\/a>\u00a0\u00bb), mais parenth\u00e8se indispensable pour traiter notre sujet : la place des vieux dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine.<\/p>\n<p class=\"p1\">Revenons \u00e0 mon parcours, \u00e0 ma<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>propre crise de s\u00e9nescence. D\u2019abord le lecteur attentif pourrait se demander pourquoi je ne date pas le d\u00e9but de cette crise du moment o\u00f9 je refusais de voir approcher de la retraite, je paniquais \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir bient\u00f4t 60 ans ! Il s\u2019agissait de tout autre chose, nullement naissance, mais n\u00e9crose maladive, maladie du travail bien plus que de l\u2019\u00e2ge, m\u00eame si cette maladie, d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re s\u2019accompagnait d\u2019une phobie du vieillissement nourrit de l\u2019\u00e2gisme si pr\u00e9gnant dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019aujourd\u2019hui et dans mon imaginaire. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 que mon parcours n\u2019avait rien d\u2019original : joie de la lib\u00e9ration du travail subordonn\u00e9 (soumis !), puis difficult\u00e9s d\u2019adaptation \u00e0 ce nouveau \u00ab\u00a0trop\u00a0\u00bb de temps, puis s\u00e9paration du couple \u2026 Pas non plus original que la crise existentielle se double du d\u00e9veloppement d\u2019une addiction et l\u00e0, d\u2019une vraie maladie : l\u2019alcoolisme.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il m\u2019a fallu r\u00e9apprendre \u00e0 vivre, r\u00e9enchanter mes journ\u00e9es, tout en apprenant la patience, prendre mon temps pour vivre plus et surtout mieux. J&rsquo;ai longtemps refus\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que vieillesse et sagesse avaient quelque chose \u00e0 voir, \u00e0 faire ensemble. Je me trompais, je crois que vieillir, surmonter la crise de s\u00e9nescence ouvre un chemin de patience et permet un regard plus apais\u00e9 sur notre monde. Apais\u00e9, ne signifie pas satisfait.<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u00e0, il me faut citer Guillevic. Je voudrais pouvoir offrir autour de moi les 27 po\u00e8mes regroup\u00e9s sous le titre \u00ab\u00a0Vieillir\u00a0\u00bb dans le recueil \u00ab\u00a0Pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, pour cela il faudrait que Gallimard ou Lucie Guillevic-Albertini d\u00e9cident de les publier s\u00e9par\u00e9ment, ce serait le plus beau petit livre sur la sagesse. En attendant, pour toi mon lecteur\/lectrice, voici quelques vers de cet ensemble.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00ab\u00a0Vivre avec lucidit\u00e9<br \/>\nSon vieillissement &#8230;<\/p>\n<p class=\"p1\">Il faut bien s&rsquo;y faire, mais r\u00e9sister&#8230;<br \/>\nNe pas accepter<br \/>\nDe se restreindre,<br \/>\nDe se diminuer,&#8230;<\/p>\n<p class=\"p1\">Contester m\u00eame l&rsquo;\u00e9tat civil,<br \/>\nVieillir<br \/>\nC&rsquo;est n&rsquo;\u00eatre pas celui que voient<br \/>\nOu veulent voir<br \/>\nCeux qui connaissent votre \u00e2ge &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\">Toute vie humaine est un long cheminement, non la vie n\u2019est pas courte, entre refus et acceptation. Faudra vous y faire, je pense souvent sous forme de sentence, alors j\u2019y vais : \u00ab\u00a0grandir c\u2019est apprendre \u00e0 accepter en pr\u00e9servant nos refus\u00a0\u00bb. Je m\u2019explique, il faut se frayer un chemin entre ce qui nous fait peur, ce qui nous r\u00e9siste et ce qui nous motive, nous attire, nous fait r\u00eaver. Bien s\u00fbr je copie, d\u2019ailleurs comment penser sans piller toutes les pens\u00e9es rencontr\u00e9es. Quand je sais pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019o\u00f9 \u00e7a me vient, je cite : \u00ab\u00a0Il faut accepter d\u2019avoir faim, d\u2019\u00eatre insatisfait, d\u2019\u00eatre en silence, accepter d\u2019avoir du temps libre, de m\u00e9diter, de suspendre sa pens\u00e9e.\u00a0\u00bb C. B-A. Le miracle, pour moi fr\u00e9quent, de la lecture c\u2019est d\u2019en arriver \u00e0 se dire, \u00ab\u00a0mais il me conna\u00eet cet auteur\u00a0\u00bb. Chacun des termes de la phrase cit\u00e9e me renvoie \u00e0 mon exp\u00e9rience personnelle, de m\u00eame pour chacun je peux expliciter en quoi j\u2019essaie d\u2019accompagner l\u2019acceptation d\u2019un refus maintenu, mais transform\u00e9. La faim il faut la prendre au sens tr\u00e8s concret, surtout priv\u00e9 d\u2019alcool et de tabac (depuis 2010\u2026 apr\u00e8s mon infarctus !), j\u2019aurai une tr\u00e8s f\u00e2cheuse tendance \u00e0 engloutir n\u2019importe quoi. Une fois \u00e9loign\u00e9es les bouteilles d\u2019alcool, il m\u2019a fallu d\u00e9barrasser mes placards de tous les g\u00e2teaux, dessers (m\u00eame all\u00e9g\u00e9s). Il me faut surtout ruser avec l\u2019ennui de mes papilles, de mes mains, surtout de mon cerveau. Il faut des addictions de substitution. Je r\u00e9p\u00e8te la c\u00e9r\u00e9monie du th\u00e9 plusieurs fois par jour. J\u2019ai toujours deux romans entam\u00e9s, un dans la chambre, l\u2019autre \u00e0 proximit\u00e9 des w.c.. J\u2019ai d\u2019autres \u00ab\u00a0routines\u00a0\u00bb, je ne vais pas tout vous raconter.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>L\u2019insatisfaction est une r\u00e9alit\u00e9 au moins aussi pr\u00e9gnante pour le vieux que pour l\u2019adolescent. De plus, je l\u2019ai \u00e9crit plus haut, mais je me r\u00e9p\u00e8te parce que c\u2019est une partie du drame des vieilles personnes, la perspective de combler l\u2019insatisfaction amoureuse devient probl\u00e9matique. Bien s\u00fbr cette insatisfaction est sexuelle, mais pas que \u2026 le toucher, le regard, la tendresse. Je cherche encore parfois dans mon lit vide un pied, une \u00e9paule \u00e0 toucher, quand j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 les seins ou le cul \u00e0 envelopper doucement. L\u00e0 pour le remplacement je vous d\u00e9conseille fortement les amours de remplacement\u2026 Non, non, et non je n\u2019ai rien \u00e0 d\u00e9conseiller. Je veux seulement dire,\u00a0\u00a0je n\u2019en ai aucun d\u00e9sir. Je ne ferme pas la porte au miracle de la rencontre,\u00a0\u00a0je me prom\u00e8ne dans la 5e dimension pour faire vivre mes amours pass\u00e9s, pour me r\u00e9concilier avec le mec que je fus. L\u2019insatisfaction elle n\u2019est pas que vis-\u00e0-vis de l\u2019amour perdu, elle est tout autant dans les r\u00eaves non aboutis de ma g\u00e9n\u00e9ration. C\u2019est l\u2019objet principal de ce livre que d\u2019affirmer, en retournant un vers d\u2019Aragon \u00ab\u00a0Vivre est un monde o\u00f9 nous avons bien r\u00eav\u00e9\u00a0\u00bb J-J. A (\u00ab\u00a0Vivre est un village o\u00f9 j\u2019ai mal r\u00eav\u00e9\u00a0\u00bb L. Aragon).<\/p>\n<p class=\"p1\">Le plus important, le plus vital dans la crise de s\u00e9nescence, c\u2019est sans doute toute la deuxi\u00e8me partie de la phrase de C. B-A : \u00ab\u00a0\u2026 accepter d\u2019\u00eatre en silence, accepter d\u2019avoir du temps libre, de m\u00e9diter, de suspendre sa pens\u00e9e\u00a0\u00bb. Cette acceptation pourrait \u00eatre utile dans la crise d\u2019adolescence, mais le temps leur manque, alors ne nous plaignons pas d\u2019en avoir \u00e0\u00a0\u00a0redonner &#8230; mais pas \u00e0 vendre !<\/p>\n<p class=\"p1\">Le temps est chose bizarre, nous en parlons comme d\u2019un truc ind\u00e9pendant de nous, qui passerait. C\u2019est encore Elias (cf. \u00ab\u00a0Du temps\u00a0\u00bb un petit livre limpide) qui nous \u00e9claire. Le temps est construction humaine, il n\u2019y a pas de temps sans mesure du temps et sans rapport \u00e0 des institutions humaines. Le temps est un rapport, il d\u00e9pend des situations. Le temps dans la maison de retraite n\u2019est pas celui du dehors. Le temps du retrait\u00e9 n\u2019est pas celui du travailleur salari\u00e9. Je re\u00e7ois comme une id\u00e9e re\u00e7ue, l\u2019affirmation que le temps des vieux se raccourci, ou \u00ab\u00a0passe plus vite\u00a0\u00bb. Il est long le temps de l\u2019ennui, mais il donne l\u2019impression que le temps passe plus vite puisque les jours filent sans rien \u00e0 en dire. Il passe si vite le temps o\u00f9 une t\u00e2che nous absorbe et une semaine de \u00ab\u00a0bon\u00a0\u00bb labeur nous semble des mois. Le temps ne fait rien \u00e0 l\u2019affaire (Cf. J. Pellissier, titre \u00e9ponyme), ce qui compte c\u2019est l\u2019humain, la place de la personne, son emploi du temps. Sommes-nous faits pour mourir ou pour innover ? (cf. citation de Arendt), pour inventer la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons ou pour attendre la mort \u00e0 la place assign\u00e9e. C\u2019est en cela que la condition des vieux est d\u2019abord un probl\u00e8me philosophique, l\u2019enjeu d\u2019une controverse d\u2019id\u00e9es vitale, pour donner sens \u00e0 la vie de chacun, jusqu&rsquo;\u00e0 son terme.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais c\u2019est difficile de se retrouver suspendu dans le silence, de ne plus avoir d\u2019emploi du temps ni organis\u00e9, ni \u00e0 organiser. Dans le silence il y a aussi la lancinante voix du doute, voir la tentation du vide. Chaque jour il faut rebondir, ce n\u2019est pas simple quand la journ\u00e9e qui vient ne pr\u00e9voit aucune rencontre, pas m\u00eame un regard parfois. J\u2019entends la voix des bonnes \u00e2mes, \u00ab\u00a0mets le nez dehors, bouge-toi\u00a0\u00bb. Je voudrais les y voir, un lundi, \u00e0 Vesoul, en hiver\u2026 Je n\u2019\u00e9cris pas pour me plaindre, mais pour assumer toutes les faces de mon existence, de l\u2019existence humaine. Vieillir, ce n\u2019est pas simple. Notre soci\u00e9t\u00e9 ne nous propose gu\u00e8re de r\u00f4le, si ce n\u2019est de d\u00e9penser nos sous et \u2026 rester jeunes. J\u2019explore, difficilement, en ces temps de d\u00e9sarroi, les chemins de la pens\u00e9e, la recherche de motivations qui tiennent. J\u2019apprends \u00e0 prendre mon temps, \u00e0 le remonter aussi, le d\u00e9monter, le projeter. Ce qui risque de para\u00eetre comme certitudes dans les pages suivantes doit \u00eatre entendu comme r\u00e9sultat d\u2019un pari, du choix de croire en l\u2019aventure humaine. L\u2019affirmation de la vieillesse comme chance pour l\u2019individu comme pour la soci\u00e9t\u00e9 rel\u00e8ve de ce pari. Ce n\u2019est pas jou\u00e9 d\u2019avance, c\u2019est m\u00eame tr\u00e8s mal parti. Dans mon enthousiasme de nouveau\u00a0\u00a0retrait\u00e9 je voyais proche une forme d\u2019insurrection des vieux (sic). Je r\u00eavais d\u2019autres choses que les maigres cort\u00e8ges syndicaux, pardon \u00e0 mes camarades qui y verront pessimisme. Mais l\u2019esp\u00e9rance d\u2019un monde plus humain n\u2019est pas \u00e0 cette \u00e9chelle. L\u00e0, comme sur les autres fronts, nous pouvons attendre les mises en mouvement, les r\u00e9actions aux catastrophes \u00e0 venir. Si nous attendons trop passivement, trop longtemps, c\u2019est l\u2019esp\u00e9rance m\u00eame qui risque de s\u2019\u00e9tioler.<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u2019esp\u00e9rance a besoin d\u2019id\u00e9es, pas des id\u00e9es neuves pour faire joli &#8211; comme faisait joli le jeune pr\u00e9sident fran\u00e7ais au printemps 2017 &#8211; des id\u00e9es construites, issues d\u2019analyses, de durs d\u00e9bats. Le pr\u00e9sident auquel je fais allusion utilise sa fr\u00e9quentation, pass\u00e9e, du philosophe Ricoeur comme un faire valoir, comme une d\u00e9coration. Nous nous devons de fr\u00e9quenter assid\u00fbment au pr\u00e9sent les philosophes, Marx bien s\u00fbr, mais aussi Ricoeur, mais aussi ceux qui travaillent aujourd\u2019hui, nous devons faire descendre la philosophie dans l\u2019ar\u00e8ne politique, dans nos r\u00e9unions, dans la rue. Nous avons besoin d\u2019id\u00e9es auxquelles nous faisons prendre l\u2019air, que nous mettons en pratique d\u00e8s qu\u2019elles peuvent \u00eatre op\u00e9rantes. Combien de belles id\u00e9es sont expos\u00e9es du bout des l\u00e8vres, puis<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>rang\u00e9es dans nos tiroirs ? Combien de d\u00e9bats ouverts sans crainte et conclus par des d\u00e9cisions, donc par des votes ? Le \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb r\u00e9serve parfois de tristes surprises, entendu \u00e0 l\u2019occasion de \u00ab\u00a0Nuit debout\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0d\u00e9cider c\u2019est se diviser, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la fin de la d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb. Ne rien faire, ne rien penser, c\u2019est \u00e7a la fin de la d\u00e9mocratie. Parler c\u2019est vouloir, parler c\u2019est agir. Une prise de parole qui n&rsquo;appelle pas de d\u00e9cision, qui n&rsquo;est pas porteuse d&rsquo;un souhait d&rsquo;action n&rsquo;est que bavardage. Je veux bien tenter d&rsquo;\u00eatre un sage, pardon, un vieux sage, mais aussi un sage \u00ab\u00a0pragmatique\u00a0\u00bb (attention ce mot n&rsquo;a pas le m\u00eame sens pour tout le monde), qui croit encore qu&rsquo;il faut agir. Car m\u00eame si je ne trouve pas que ce soit la joie ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es, c&rsquo;est quand m\u00eame plus la joie quand nous nous bougeons ensemble. Comme l&rsquo;\u00e9crivait Jacques Pr\u00e9vert, \u00ab\u00a0Il faudrait essayer d&rsquo;\u00eatre heureux, ne serait-ce que pour donner l&rsquo;exemple\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p4\"><span class=\"s1\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>4 \/ La s\u00e9nescence (c\u2019estnaissance) merci \u00e0 Danielle Rapoport pour le beau jeu de mots Avant de commencer \u00e0 \u00e9crire ce texte, j\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019\u00e9crire une autobiographie. Il s\u2019agissait pour moi de laisser une trace, un t\u00e9moignage avant d\u2019en finir. J\u2019ai m\u00eame commenc\u00e9 plusieurs fois de premi\u00e8res \u00e9bauches par ces mots que je croyais d\u00e9finitifs &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/2017\/10\/14\/4-la-senescence-cestnaissance\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;4\/ La s\u00e9nescence (c\u2019estnaissance)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"spay_email":""},"categories":[8],"tags":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9eCPT-2R","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=177"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1669,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/177\/revisions\/1669"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laviecommence.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=177"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}